Chronique du livre Vivre Ensemble
Ma bibliothèque

Chroniques de l’été : Vivre Ensemble

9 septembre 2019

Après mes deux premières chroniques de livres “pratiques”, j’ai eu envie de m’attaquer à un roman. “Vivre Ensemble”, d’Emilie Frèche parle des difficultés d’une famille recomposée. 

Cela faisait un moment que j’avais envie de le lire, mais le pitch me faisait un peu peur : 

La première fois qu’ils se sont vus tous les quatre, le fils de Pierre n’a pas supporté un mot du fils de Déborah, ou peut-être était-ce juste un rire, et, pris d’une rage folle, il s’est mis à hurler qu’il les détestait, que de toute façon elle ne serait jamais à son goût et Léo jamais son frère, puis il a attrapé un couteau de boucher aimanté à la crédence derrière lui et, le brandissant à leur visage, il a menacé de les tuer – cela faisait une heure à peine qu’il les connaissait.

peur du pitch de vivre ensemble

Ça donne le ton !

Je me suis dit à moi-même : “Ma grande, est-ce que t’as vraiment envie de t’infliger ça ? T’as pas assez de tes angoisses perso ? T’es sûre que tu veux lire ce genre de trucs juste avant de dormir ? “

Après quelques mois à hésiter, poussée par la curiosité et motivée par l’envie d’en faire une chronique pour le blog, j’ai finalement décidé de sauter le pas ! Et je ne regrette pas. 

Un petit mot sur l'auteure

Emilie Frèche est une écrivaine et scénariste française née en 1976. Vous voulez plus d’infos ? Consultez sa page Wikipedia ici.

Le roman, en partie autobiographique, a suscité une polémique dans les médias lors de sa sortie en 2018. En effet, la mère du beau-fils d’Emilie Frèche a reconnu en Salomon (le beau-fils dans le livre) son propre fils. Elle a donc attaqué Emilie Frèche pour atteinte à l’intimité et à la vie privée de son enfant mineur. Cette bataille judiciaire de la vraie vie montre bien combien vivre en famille recomposée peut être pénible et laborieux par moments 🙂

Contre toute attente, c’est par cette polémique que j’ai entendu parler de “Vivre Ensemble”. Je me suis dit avec satisfaction : “Tiens, on met en avant un roman qui parle des familles recomposées !”. Il n’en fallait pas moins pour piquer ma curiosité.

Trame de "Vivre Ensemble"

Déborah et Pierre décident de s’installer ensemble dans un appartement parisien, avec leurs fils respectifs Léo (13 ans) et Salomon (10 ans). Alors qu’ils se connaissent à peine, tous les 4 doivent vivre ensemble, malgré les difficultés inhérentes aux familles recomposées. Mais pas seulement…

Salomon, le fils de Pierre, est un enfant … différent. Non seulement il a un QI de 150, mais en plus sa personnalité est atypique. Ses réactions sont imprévisibles, violentes, et Déborah, qui doit souvent s’en occuper seule, a peur de lui. 

Son fils Léo ne supporte pas Salomon, et Pierre, le père de Salomon, préfère s’occuper des migrants de la jungle de Calais plutôt que de son propre fils à Paris.

Déborah est en proie à la peur et aux doutes. Après tout, elle n’est “que” la belle-mère, et l’enfant la rejette. Elle s’efforce pourtant de le mettre à l’aise, en s’oubliant parfois, en se demandant souvent pourquoi vivre ensemble est si compliqué.

Alors ?

J’ai beaucoup aimé Vivre Ensemble. Déjà, en toute mauvaise foi, parce-que ce livre parle des familles recomposées ! Bon, évidemment, ça ne suffit pas ! 

L’écriture est fluide, rythmée, limite haletante par moments, ce qui nous entraîne dans l’histoire. La mayonnaise prend.

Vivre ensemble, vite !!!

urgence de vivre ensemble

Dès le début, on comprend l’urgence pour Déborah de s’installer avec Pierre, car en toile de fond surviennent les attentats de novembre 2015 à Paris, auxquels tous les deux ont échappé de peu. Ils auraient pu être tués.

Alors elle veut vivre vite ! Mais vivre vite justifie-t-il de vivre ensemble ? Tout, autour d’elle, lui dit de ne pas franchir le pas : la crainte de ce garçon et de sa mère, l’ex de Pierre, dont l’ombre menaçante envahit son quotidien peu à peu, son ex à elle, qui l’avertit que ça va finir mal…

Tout comme le “Vivre Ensemble” prôné par les personnalités politiques au niveau national et mis à mal par les attentats de ces dernières années, le vivre ensemble au niveau familial semble être une utopie et s’avère beaucoup plus difficile que prévu.

Il faut vivre en famille recomposée pour comprendre !

Le personnage de Déborah, dans ses difficultés de belle-mère, exprime bien les sentiments contradictoires que l’on peut ressentir quand on élève l’enfant d’une autre. La volonté de bien faire, la trouille presque viscérale de l’enfant de l’autre, de ne pas bien l’aimer, la frustration, la culpabilité de négliger son propre enfant… Tout ceci est décrit avec une grande justesse :

…en réalité Déborah n’y est pas, et voir ce père et ce fils rire ensemble à ses côtés dans l’intimité de son lit ne lui apporte que tristesse et nostalgie, celle d’un temps béni ou avec Driss, elle partageait le bonheur indescriptible de voir leur garçon débarquer dans leur chambre… A cet instant, Déborah n’entrevoit pas de plus grand bonheur à vivre à deux sur cette terre, et constater que Pierre et elle ne pourront jamais en jouir autrement que seuls, chacun de leur côté du lit, avec leur enfant respectif, provoque une solitude qui lui donne envie de quitter la chambre sur-le-champ.

Et comment critiquer l’enfant de l’autre, sans être qualifiée de marâtre de mauvaise foi et de mauvaise volonté, et sans attaquer le parent dans sa fierté ? Comme le dit Déborah, l’enfant de l’autre est un sujet tabou !

Le père, laxiste, fuyant et plutôt absent semble être un cliché… c’est pourtant loin d’être une exception !

Vivre ensemble est un récit dérangeant, car les difficultés de cette famille recomposée sont poussées à leur paroxysme. D’ailleurs, la tension monte tout au long du roman. On sent que quelque chose se trame.

Mais chut ! Je n’en dirai pas plus.

Et vous ? Allez-vous lire “Vivre Ensemble” ? L’avez-vous déjà lu ? N’hésitez pas à donner votre avis sur ce roman dans les commentaires ! Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez pensé !

Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •   
  •  
  •  
    9
    Partages
  • 9
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.