le désengagement une technique extrême
Beaux-parents

Le désengagement : la technique extrême !

22 janvier 2019

Le désengagement, dans une famille recomposée, qu’est-ce-que c’est ?

 

Le désengagement, c’est quand un beau-parent cesse complètement de s’occuper et de gérer l’enfant de son conjoint parce que ce dernier refuse son autorité et sa légitimité. Ce beau-parent peut aller jusqu’à complètement ignorer l’enfant qui vit pourtant (partiellement) sous son toit, souvent pour créer une réaction. C’est une technique ultime, quand toutes les autres tentatives de résolution du conflit ont échoué.

Autant dire que ce n’est pas une situation facile, ni à mettre en place, ni à tenir, ni à vivre… Mais elle peut donner des résultats.

Pourquoi cet extrême ?

Parce-qu’au début, tout va bien… en apparence

Cédric et Mylène sont à la tête d’une famille recomposée de 5 enfants.

Mais Mylène est à bout ! Son beau-fils, Yohann 8 ans, est devenu, au fil du temps, insupportable ! Tantôt il la snobe, tantôt il la provoque, ou bien il lui désobéit, la contredit sans cesse, n’aime rien de ce qu’elle fait, la critique allègrement.

Au début, c’était imperceptible. Tant et si bien que Mylène laissait passer. Elle pensait que cet enfant de divorcés était perdu et qu’il était bien normal qu’il réagisse en s’en prenant un peu à elle, la belle-mère. Elle se rassurait en se disant que c’était sa fonction de “marâtre” qu’il rejetait. Pas elle personnellement. Mais au fil du temps, le comportement de l’enfant devenait de plus en plus hostile.

 

désengagement quand rien ne va plus

A chaque fois que les week-ends où il venait approchaient, elle sentait son angoisse monter. Dès le jeudi, elle commençait à stresser. Elle se sentait envahie dans son espace dès qu’il franchissait la porte. Comme si un petit cheval de Troyes avait percé les défenses. Et tout le long du week-end, elle se sentait jugée, épiée par cet enfant de 8 ans. Et surtout, la solitude et la honte la tenaillaient !

 

Parce-qu’ensuite, ça empire… sournoisement

Pourtant, Mylène était une mère et une belle-mère aimante qui prenait soin de toute la fratrie, sans faire de favoritisme. Alors au bout d’un moment, elle a essayé d’en parler à son conjoint, Cédric, père de Yohann. Mais celui-ci ne pouvait (voulait ?) pas entendre ce que Mylène ressentait. Vous savez, les œillères ? et les boules Quiès aussi… “Je ne vois pas, je n’entends pas non plus … Tu es une adulte Mylène, c’est un enfant ! A toi de prendre ta place !”. Ou quand le père n’a pas le courage de s’opposer à son enfant, empêtré dans sa culpabilité d’avoir provoqué un séisme en quittant son ex femme… Triste sort de beaucoup de belle-mères !

 

désengagement aussi du père

 

Mylène s’est retrouvée seule avec ses angoisses, sa honte et son désespoir. Yohann la rejette, Cédric ne l’écoute pas. Pourtant, il y a bien un problème ! Les relations se tendent. Mylène commence à ressentir du rejet, voire de la haine ! What ??? de la haine pour un enfant de 8 ans, qui n’a rien demandé ? Oui… Elle est effarée de ses propres réactions, elle ne se reconnait plus. Alors elle se tait, pour ne pas envenimer la situation.

Elle s’exclut elle-même du reste de la famille, pensant qu’elle est un poids pour tout le monde. Au final, Mylène ne fait plus de sorties en famille, elle prétexte une grosse fatigue ou bien du travail pour rester à la maison pendant que Cédric emmène les enfants en balade. Ce sont les seuls moments de répit qu’elle trouve. Elle aimerait passer plus de temps avec ses enfants, mais l’hostilité de son beau-fils la paralyse. Et elle doit bien se l’avouer, elle déprime et elle remet en question sa relation. La famille est en danger !

 

Parce-qu’enfin, la réaction arrive !

 

désengagement ultime solution

 

Mylène a un déclic ! Il n’est pas question qu’un enfant de 8 ans pulvérise une famille entière ! Elle décide de convoquer Cédric, de façon posée mais déterminée. Elle lui expose ses sentiments et ressentis, calmement, et lui demande de prêter attention aux attitudes de son fils. Si Cédric ne fait pas cet effort, leur relation est vouée à l’échec ! Elle laisse Cédric réfléchir de son côté, mûrir la chose. Le week-end suivant, Cédric met les pieds dans le plat et décide de parler à Yohann. L’enfant lui confirme qu’il déteste Mylène et qu’il préférerait qu’elle ne soit pas là. Cédric tombe de haut ! Il essaye de savoir ce qui gène son fils à ce point. Mais Yohann ne sait pas répondre. Il n’aime pas Mylène, point !

Enfin, l’abcès est percé ! Les jours suivants, le couple discute, beaucoup ! Ils laissent passer encore quelques jours, histoire que Cédric comprenne bien la situation et se rende à l’évidence : il va falloir agir ! La peur de perdre Mylène serait-elle plus forte que sa culpabilité ?

Pourtant, ils savent bien pourquoi Yohann réagit comme cela ! Il est sous l’emprise de sa mère, qui lui interdit d’aimer Mylène et lui remplit le cerveau d’idées négatives sur son “père et l’autre idiote”, à longueur de journée. L’enfant est pris au piège, il ne veut pas trahir sa mère. Par conséquent, il choisit de ne pas aimer Mylène, pour être sûr que sa mère ne le rejette pas. Quelle abjecte pratique que de dicter à ses enfants qui ils doivent aimer ou ne pas aimer !

Parce-que c’est la solution !

Alors Cédric propose une solution à Mylène : le désengagement ! Mylène ne devra plus s’occuper de Yohann. Plus du tout ! A part le bonjour et le au revoir de rigueur (faudrait quand même pas oublier la politesse !). Elle ne l’emmènera plus au cinéma, même si elle y va avec les autres enfants, ne lui lira plus d’histoires, ne lui servira plus à manger, ne lavera plus son linge, ne fera plus le ménage dans sa chambre etc. S’il lui pose une question ou lui demande quelque chose, elle le renverra vers son père. En gros, elle fera comme s’il n’était pas là. C’est Cédric qui s’en chargera. A sa manière. C’est injuste pour Yohann ? Pas vraiment, et rappelez-vous : c’est lui qui ne veut pas que Mylène s’occupe de lui.

désengagement rejet de l'enfant

Parce-qu’il y a un résultat

L’expérience du désengagement n’a pas duré longtemps ! En l’espace de 2 ou 3 week-ends, Johann a vite compris ce que Mylène lui apportait chaque week-end et la moitié des vacances. Il est vite revenu vers elle, lui demandant de s’occuper de lui à nouveau. En accord avec Cédric, Mylène a recommencé, petit à petit, à s’occuper de son beau-fils. Grâce au désengagement et aux explications des adultes, Yohann a fini par se détendre et changer d’avis sur sa belle-mère. Bien sûr, sa mère continuait de lui faire du chantage affectif, mais au fond de lui, il a compris que ce n’était pas dans son intérêt à lui de faire la guerre à sa belle-mère. Bien au contraire. La situation s’est nettement arrangée, l’ambiance est plus apaisée. Yohann donne plus de légitimité à Mylène et a compris qu’elle n’était pas son ennemie.

 

Le désengagement, quand, comment ?

 

Le but du désengagement

 

désengagement pour sortir de l'impasse

 

  • Sortir tout le monde de l’impasse : le beau-parent, l’enfant, le parent, la fratrie. Mais aussi la famille étendue, souvent impactée par la mauvaise entente.
  • Faire comprendre à l’enfant que son comportement n’est pas adapté.
  • Faire comprendre à l’enfant ce qu’il perd quand sa belle-mère (ou son beau-père) ne s’occupe pas de lui, aussi bien au niveau pratique qu’affectif.
  • Retrouver des relations saines et cordiales avec l’enfant, comme un nouveau départ. Lui faire comprendre que vous n’êtes pas son ennemi(e) et qu’il a le droit de vous aimer sans trahir son autre parent.

 

Quand y recourir ?

  • Lorsque l’enfant ignore son beau-parent, le rejette et le provoque au point de mettre la famille en danger.
  • Dès que le dialogue est rompu.

 

Conditions essentielles

 

condition du désengagement le calme

 

  • Etre d’accord avec le conjoint, puisqu’il devra gérer pleinement son enfant. Sans s’occuper de lui plus que des autres, pour éviter les jalousies et le déséquilibre. Cela peut être un bon moyen d’autonomiser l’enfant.
  • Avoir la tête froide : on l’applique quand on est calme, sans esprit de rejet ou de vengeance, sans haine. Rester factuel.
  • En parler à tout le monde, avec les bons mots. En premier à l’enfant concerné : “Puisque tu ne veux pas que je m’occupe de toi, voilà ce qui va se passer…”. Lui rappeler malgré tout qu’il est aimé.
  • Fixer une durée limitée, adaptée à l’âge de l’enfant et modifiable selon ses réactions.
  • Avoir de l’espoir : c’est un mal pour un bien, une sorte d’expérience qui évolue dans le temps.
  • Répéter à l’enfant, sans cesse, qu’il a le droit d’aimer qui il veut. Que l’amour est infini. Qu’il peut aimer sa mère et sa belle-mère comme il le veut. Que sa mère l’aimera toujours quoi qu’il arrive.

 

Et si ça ne marche pas ?

 

Le désengagement ne peut durer éternellement. Il faut le tester mais cette solution ne peut devenir une habitude. Imaginez l’ambiance ! Si l’enfant se complaît dans cette configuration (ce qui me parait difficile, vu qu’il y vit beaucoup de frustrations), papa doit prendre les choses en main et imposer à son fils de respecter sa conjointe. Il peut, si la situation est vraiment bloquée, lui dire que tant qu’il ne change pas son attitude, il ne reviendra pas. Si vous en avez la garde, proposez-lui d’aller vivre chez l’autre parent (avant tout, parlez-en avec votre ex). Bluff ou solution temporaire, cette solution encore plus extrême peut porter ses fruits. N’oubliez pas que votre couple est une priorité au sein de la recomposition. Sans lui, votre famille recomposée n’existerait pas.

Qui souffre le plus, dans l’histoire ?

 

désengagement l'enfant souffre

 

Ne nous y trompons pas ! C’est l’enfant qui souffre le plus ! En effet, les parents qui passent leur temps à cracher et à médire sur leur ex et sa famille devant les enfants par pure vengeance et par ego sont le bourreau de leur enfant. Ni plus, ni moins.

En complément de cet article, je vous invite à lire : Que faire quand un enfant de la tribu menace le couple ?

 

Et vous ? Avez-vous déjà eu recours au désengagement en tant que beau-parent ? Racontez dans les commentaires ?

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  1. Hello 🙂
    je n’ai pas une famille recomposée mais je connait bien ce phénomène : le conflit de loyauté. L’enfant qui s’interdit d’être heureux avec “l’ennemi” par loyauté pour l’autre parent. Une situation que les familles d’accueil vivent également, c’est très courant comme problématique et difficile à vivre. Le temps est notre ami dans ces cas là.
    A bientôt 🙂

    1. Bonjour Patricia ! Ah super intéressant ! Je n’imaginais pas que les enfants en famille d’accueil pouvaient ressentir ce conflit de loyauté ! Mais effectivement, les mécanismes sont similaires ! Oui, le temps est notre ami ! Et les actes aussi, car à force de montrer à l’enfant qu’on est là pour lui et non pas contre lui, il baisse sa garde. Mais faut être vraiment persévérant ! Chapeau bas à tous ces gens qui luttent contre ce conflit de loyauté ! En tout cas, cela pourrait être largement évité dans beaucoup de familles recomposées, si les adultes prenaient un peu de recul… Encore une fois, c’est l’enfant qui en pâtit 🙁

  2. Bravo Anne-Laure pour avoir décrit cette situation tellement réaliste…. que j’ai vécu mot par mot avec ma belle-fille.
    Des années de déni, d’indifférence, de critiques, de mépris.
    Là où j’aimerais bien que tu me donnes des clés, c’est: et qu’est-ce qu’on fait quand le mari, comme le singe rose, se met des oeillères sur les yeux et les oreilles ?
    Ma belle-fille me fait la gueule depuis ses 13 ans. Elle en a 21 aujourd’hui. Elle ne vit plus chez nous depuis 3 ans. Je lui ai proposé à plusieurs reprises de discuter ensemble pour avancer, qu’elle me fasse part de sa réalité et moi de la mienne. Elle m’a violemment envoyée sur les roses dernièrement (par sms) quand je lui ai gentiment proposé de parler. Là c’est trop, ce n’est pas comme si c’était une petite fille. Je pense que je vais définitivement faire (dans la mesure du possible) une croix sur elle, dès que je vois une affaire à elle, j’ai la nausée. Je planque tout ce que je peux pour qu’aucune image ne me la rappelle à mon esprit. J’ai des sentiments hyper violent de dégoût et de colère. Compliqué de ne pas en parler à mon mari aussi… mais dès que je lui parle de ça, ça le déprime… et il ne dit rien en fin de compte, juste qu’il comprend.

    1. Je suis persuadée que c’est le père qui a le pouvoir de faire en sorte que tout se passe bien. S’il te tombe dessus dès que tu fais la moindre réflexion à ses enfants, comment veux-tu qu’ils te respectent et te considèrent comme légitime ? Et pourtant, tu as le droit d’être respectée dans ta maison, que ta belle-fille y vive ou non, qu’elle soit adulte ou pas. Je l’ai écrit dans un article : on n’est pas obligés de s’aimer, mais le respect est essentiel, dans les 2 sens. Tu as essayé d’aller vers elle, elle t’a rejetée. Tu as fait votre part, tu ne peux rien faire de plus pour provoquer le dialogue.
      Tu peux tenter la technique du désengagement, dont je parle dans un article, en l’adaptant à ta situation. Elle est hostile ? Ignore-là. Après tout, c’est une grande fille. Quand elle vient, le strict minimum : bonjour, au revoir et tu sors avec des ami(e)s, tu vas au ciné, tu prends du temps pour toi ! Tu as le droit et tu n’as pas à culpabiliser. Tu lui as tendu la main, elle ne l’a pas saisie.
      Si tu culpabilises à cause de ton mari, et bien qu’il se bouge un peu 😉 Même chose, tu lui en as parlé et il ne fait rien ! Quand sa fille vient, qu’il gère tout ! (Désolée si mes mots sont un peu forts). Il y a un moment où il faut penser à soi, à ses propres envies, se faire du bien et laisser de côté les mauvaises ondes. Arrête de penser à elle et prends soin de toi. Si tu arrives à relativiser au point d’en avoir plus rien à faire, voire d’en sourire, tu auras gagné ! Ce n’est pas forcément facile, mais je pense que ça vaut le coup d’essayer !

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